LES VISITEURS (enfin ceux de l'Education Nationale)


Comme tout enseignant stagiaire j'ai été confrontée récemment au putain de stress à l'ineffable expectative de recevoir à quelques jours d'écart la visite de mes deux tuteurs : celui envoyé par "le terrain" (c'est à dire ma hiérarchie) et celle envoyée par l'Espé.

J'ai hésité avant d'écrire un article sur ce sujet car c'est évidemment un sujet très personnel et que je suis encore en train de digérer ce qui m'a été dit en ces occasions (en bien comme en mal axes de progrès).

Et puis, je me suis dit que, foi de gommette, je ne pouvais pas décemment prétendre tenir un blog sur mon vécu de PES si je n'y intégrais pas ces moments là, qui représentent à fortiori pour chacun de nous des doses d'angoisses, de questions z'existentielles mais aussi (en principe !) d'encouragement à persévérer et à progresser dans l'apprentissage du métier.

Alors à défaut d'avoir le recul nécessaire pour analyser les tenants z'et aboutissements de ces deux premières visites et ce qu'elles m'ont apporté professionnellement (cela viendra pitêtre plus tard dans l'année), j'ai dégainé mon deuxième hobbie (le premier étant naturellement les indétrônables fiches de prep !) : c'est donc par le biais de gifs que je vais vous raconter ci-z'après mes premières interactions sociales avec :

LES VISITEURS

(titre écrit en rouge sang comme de par n'hasard)



AVANT LA VISITE


  • Quand tu fais des rêves sympatounes dans les nuits qui précèdent la première visite de ton tuteur, réputé pour être un professionnel plutôt exigeant (et que tu te mets pas du tout du tout du tout la pression) :

  • Quand la veille de la visite de ton tuteur, tu avais prévu d'essayer de te détendre plutôt que de travailler (pour une fois !), qu'il ne te restait donc plus qu'à imprimer tous tes fichiers et que putain de merde ventrebleu le système informatique du local impression a tout simplement gommé TOUS les fichiers de ta clé USB. Oui, tous. Tous, tous tous. 1600 fichiers au bas mot. #WTF :

(Oui évidemment que j'avais fait une sauvegarde de tout mais je vous raconte pas la perte de temps, le stress et la culpabilité de devoir solliciter mon namoureux pour qu'il puisse tout imprimer à son propre travail.
Curieusement, je ne suis d'ailleurs par certaine d'avoir montré au gérant du local d'impression la face la plus bienveillante de ma personnalité...)

LA VISITE

  • Quand le matin de la visite tu écoutes "Alabina" à fond dans tes z'écouteurs pour te conditionner mentalement au fait que d'une façon ou d'une autre "ça va le faire" et que c'est d'une démarche assurée que tu fais face à ton destin en arrivant à l'école :

  • Quand ton tuteur arrive, élégant et professionnel dans son costume et que toi... bah toi t'es dans ta tenue d'instit de mater quoi (tenue choisie uniquement sur des critères de t'es-bien-dedans-et-tu-peux-bouger-à-l'aise), que tu le salues en essayant de lui donner la première impression qu'il a bien en face de lui quelqu'un de fiable et de sérieux :

  • Quand tu réalises pendant la visite à quel point tu es en train de te tirer une magnifique balle dans le pied en enchaînant nawak sur nawak en particulier pendant ta séance d'EPS (ps : évidemment ton tuteur est un conseiller pédagogique spécialisé en EPS) :
(Sur cette image vous nous voyez, mon tuteur et moi, en train d'analyser aussi finement que possible ce qu'il a pu observer pendant son 1h30 d'observation dans ma classe)

  • Quand tu as 20 minutes de "pause" (haha c'te blague d'utiliser ce mot !) entre ta classe et le temps consacré au débrief de la visite avec ton tuteur, et que tu dois le mettre à profit pour faire toutes tes preps-et-photocopies-de-pour-l'après-midi mais aussi pour déjeuner. Et que ton tuteur - qui déjeune aussi dans la salle des maîtres - te dit avec bienveillance "mais prenez votre temps ne vous en faites pas" :

APRES LA VISITE

  • Ce que tu as envie de dire à ton tuteur quand il commence l'entretien en te disant que tu dois améliorer ta maîtrise de la langue française :


  • Ce que tu lui dis vraiment :

  • Quand ton tuteur analyse en termes d'apprentissages scolaires ce qu'il a observé et que tu visualises B I E N   C O M M E   I L   F A U T tes axes de progrès :

  • Quand ton tuteur finit quand même par souligner d'indéniables points positifs (dans les 3 dernières minutes de votre entretien) : engagement professionnel, gestion de classe, qualité et sérieux des écrits professionnels, bienveillance, relationnel élèves et parents etc. :

  • Quand tu réalises en rentrant de chez toi que tu as une bouteille de Pouilly au frais (NB : attention l'abus d'alcool etc.) pour te remettre du contrecoup émotionnel de cette journée :
Attention ce gif n'est pas conforme à la Charte de la laïcité ni au principe de neutralité religieuse des fonctionnaires du service public...  


Post-it perso : pitits conseils à moi-même pour les prochaines visites de mes tuteurs

  • Leur démontrer que je progresse dans la débutantitude : quitte à faire des erreurs de débutants, autant essayer de ne pas refaire les mêmes que celles des premières visites...
  • Démontrer à mon tuteur que JE SAIS PARLER LA FRANCE (oui parce que toute blague mise à part "la maîtrise de la langue française" fait vraiment partie de mes axes de progrès dans son rapport et que ouch ouch ouch ça fait mal de se l'entendre dire)
  • Continuer envers et contre tout à prendre plaisir avec mes élèves - même si je sais que tous nos pitits moments de connivence sont passés au crible à la seconde même où ils se produisent, foncièrement, peu importe !  Pitêtre éviter néanmoins de lancer notre rituelle "chenille" du vendredi après-midi dans la classe ou notre bootyshakage collectif sur la piste audio du "rock and roll des gallinacés" qui clôt chaque séance de phonologie : garder un minimum d'adultitude et se rappeler que juste après je devrai être en mesure de justifier chacun de mes choix didactiques z'et pédagogiques au regard des z'attentes z'institutionnelles...
  • Ne pas me mettre martel en tête (Oh noooooooon c'est pas mon genre !) s'il y a autant de défauts et d'erreurs soulignés par mes tuteurs : parait que c'est normaaaaaaaaaal quand on débute, que c'est comme ça qu'on apprend blabla toussa toussa. Et puis surtout, SURTOUT, je sais au fond de moi que c'est exactement pour ça que j'ai choisi ce métier : parce qu'on n'y est jamais "fini", qu'il n'y a pas de limite pour progresser comme enseignant. 


#BlablaProf

8 commentaires:

Ayleen Kyban a dit…

Pour les commentaires, je dirais même qu'il faut encore plus relativiser... Imaginons qu'on puisse compter les "défauts" (appelés "axes de progrès") :
- Si tu as 1 million de défauts, il ne pourra de toute façon en traiter que 2 ou 3 (plus, il n'aurait pas le temps et ce ne serait pas efficace)
- Même si tu n'as qu'un défaut (cas très hypothétique), le visiteur en trouvera au moins 3, parce que sinon, ça ne ferait pas sérieux, on risquerait de lui demander des comptes, de mettre en doute ses exigences, de faire un rapport supplémentaire justifiant son choix, etc.
Bref, il y a parfois des visites hyper constructives, parfois des visites qui ont un air de déjà-vu, et quoiqu'il en soit, il faut du recul pour analyser ce qu'on garde, ce qu'on remet à plus tard et ce qu'on va laisser de côté.

PS : Je ne dis pas que les visites sont inutiles, que les PEMF/CPC/tuteurs ne font pas leur boulot, je dis qu'ils sont humains et que si je devais faire autant de visite d'autant de profs que je verrais paradoxalement si peu chacun... j'aurais bien du mal à me montrer vraiment pertinente et profonde dans mes interventions. Alors je me réjouis de chaque bonne visite, de celles qui m'enrichissent, et je comprends parfaitement celles qui ne m'ont pas apporté autant que j'aurais pu l'espérer.

Fofie Flood a dit…

Oui je suis d'accord avec toi pour ce qui est de relativiser (d'ailleurs j'ai lu ton article sur les conseils aux profs débutants sur ton blog) mais dur sur le coup :-)

Anonyme a dit…

Oh punaise, merci pour cette rigolade !
Je tâcherai d'y penser, quand viendra mon tour, le 5 décembre.
Je suis tranquille, ça ne pourra pas être pire que la première visite...
Mistral

Fofie Flood a dit…

Oui c'est ce que je me dis aussi "ça peut pas être pire" :-)
(mais... du coup j'angoisse quand même de faire pire sur un malentendu parce que là ça serait le fond du néant abyssal des profondeurs...)

alex a dit…

Ahhh je suis T1 et dans mon département où il y a assez de pemf et inspecteurs j'ai eu l'année dernière : 11 visites (ceux de ma promo on eu entre 9 et 12 visites selon leur pemf car inspecteur+espe c’était 4 visites pour tout le monde)! Je n'en pouvais plus! pas le temps de trouver ses marques ni en stage filé ni en stage massé car toujours le stress de ces p.. de visites. Et cette année les conseillers pédagogiques viennent au moins 2 fois (j'ai déjà une 2eme de visite de prévue). T2 rebelote il parait qu'avec la suppression des inspections ils vont faire encore plus de visite conseil (ouais!!!!! youpii!!!). Bref l'impression que ça ne fini jamais!

Odile Fleury a dit…

Merci pour cet article. Conseillère pédagogique, je perçois le stress que génèrent mes visites et m'interroge souvent sur l'impact que peuvent avoir mes propos. Confidences : quand j'étais bébé PEMF, puis bébé CPC je partais en visite la peur au ventre. J'ai toujours cette appréhension quand il me faut denoncer un manque de travail, une maltraitance pédagogique ou un positionnement professionnel qui ne répond pas aux attendus. Eh oui, ça arrive et il faut penser aux élèves.
Bonne continuation et courage pour la suite. Éclatez-vous; prenez plaisir à enseigner : vos visiteurs le percevront.

Fofie Flood a dit…

@Odile : merci pour ce commentaire, vu "de l'autre côté du miroir". Je me doute bien qu'il n'y a pas de rôle qui s'apprenne sans l'appréhension des débuts ou des situations plus délicates...
Oui, avant toute chose m'éclater mais si - accessoirement - je pouvais être titularisée, je ne cracherais pas dessus :-)

Anonyme a dit…

Salut jeune padawan,
Nous sommes tous passés par là... Il faut reconnaître que les affectations de tuteur ESPE, tuteur Pemf et tuteur CPC relèvent de la loterie.
Dans le pire des cas, tu tombes sur :
- un prof d'espe expert en didactique mais qui n'a jamais eu de "vraie classe" à gérer (sauf dans le cadre d'un travail de recherche - donc dans le cadre d'une classe de 6 élèves triés sur le volet) et qui en conséquence te donnent des conseils inapplicables
- le PEMF aigri qui te défonce dans son rapport alors que pour une fois tu étais ressorti positif d'un débrief
- le CPC servile qui changera d'avis sur tes appréciations après une formation donnée par son IEN
... Les possibilités sont nombreuses pour aller grandir le flot des PES démissionnaires (qui grandit chaque année étonnamment).
Une seule chose à retenir : la liberté pédagogique commence en T1.
Avant, tu n'es qu'un robot (pardon... Un fonctionnaire stagiaire). Donc tu obéis et tu t'écrases.

Ce tableau apocalyptique nécessite d'avoir une volonté forte et une bonne capacité de travail (et de soumission au mammouth), mais si on se place de l'autre côté de la barrière, on peut aussi comprendre qu'on ne peut pas laisser n'importe qui devenir PE et que le boulot des tuteurs et aussi de dégager les brebis galeuses.
Équilibre précaire de la formation de ceux qui instruisent la jeunesse pour former nos futurs citoyens !
Bon courage pour la fin d'année, les moments de victoire que l'on peut vivre ensuite dans sa classe valent bien cette année moisie de PES. ��