Reconversion professionnelle : ça change quoi de devenir prof ?

A la veille de poser ma démission de mon ancien travail (rhalala rien à faire j'ai du mal à réaliser que toute cette partie de ma vie est définitivement finie...), et après bientôt 6 mois comme petit padawan dans l'Education Nationale, j'ai eu envie d'écrire un article pour illustrer concrètement ce que ça a changé pour moi de quitter le secteur privé pour devenir enseignante.

L'objectif n'est pas de comparer les métiers entre eux (je ne regrette rien de ma première carrière même si je sais pourquoi je suis devenue instit) mais plutôt d'essayer de prendre conscience - et de raconter - l'impact du passage de l'un à l'autre.

Précision liminaire néanmoins : ce que je raconte là, quoique vrai, est extrêmement partiel et surtout SURTOUT reste lié à la réalité que j'ai connue en entreprise (or sur les conditions de travail en entreprise il existe des réalités très différentes). 
Pas d'angélisme rétroactif donc sur le secteur privé, juste un soupçon de mauvaise foi subjectivité parfois parce que... bah... parce que c'est comme ça et pis c'est tout :-)

AVANT/APRES :

Mon passage du monde merveilleux de l'entreprise

au monde merveilleux de la fonction publique

transformation
Telle la chenille devenant papillon,
voici une vidéo-souvenir du moment précis où j'ai quitté le statut de salariée
pour devenir fonctionnaire stagiaire
(ch'suis crédible ?)

AVANT, j'avais une "rémunération"
MAINTENANT, j'ai un "traitement" (et moins d'argent à la fin du mois)


AVANT, à Noël, j'avais un bon d'achat de mon comité d'entreprise
MAINTENANT, à Noël, j'ai une crise de foie avec tous les chocolats que je reçois de mes zélèves


AVANT, je ne voyais pas assez mes enfants et je rentrais crevée
MAINTENANT, je ne vois toujours pas assez mes enfants et je rentre toujours crevée (plus même)


AVANT, quand je voulais faire pipi bah j'allais aux toilettes quoi (je vous fais pas un dessin ?)
MAINTENANT, quand je veux faire pipi, j'attends la récré (en espérant ne pas être de service) ou, en cas d'urgence, la seule alternative c'est d'ouvrir grand la porte communicante entre ma classe et celle de ma collègue et de lui signaler à haute et intelligible voix mon besoin pressant d'uriner afin qu'elle surveille mes élèves. 


AVANT, je devais me battre pour avoir des formations et continuer d'évoluer professionnellement
MAINTENANT, je me battrais (si je pouvais) pour ne plus aller à l'Espé qui est un vrai obstacle à mon apprentissage du métier


AVANT, le soir on discutait de nos travails respectifs avec mon mari
MAINTENANT, je crois que mon mari rêve du jour où j'arrêterai de lui parler de l'école


AVANT, je buvais 10 cafés par jour en moyenne
MAINTENANT, j'ai réduit notablement ma consommation par manque de temps (et pris l'habitude de le boire froid quand je retrouve ma tasse à 16h)...


AVANT, j'avais un chef avec qui je pouvais discuter en cas de difficulté ou de doute sur un dossier
MAINTENANT, j'ai un tuteur avec qui je ne dois surtout pas évoquer mes doutes et difficultés pour ne pas lui donner encore plus d'élément à ajouter dans ses rapports de visite


AVANT, je râlais quand j'avais trop de déplacements professionnels
MAINTENANT, je suis super contente quand je pars en classe-découverte


AVANT, je recevais mes bulletins de paie chaque fin de mois
MAINTENANT, je n'ai reçu qu'un seul bulletin de paie depuis septembre...


AVANT, j'avais parfois l'impression que mon travail n'était pas suffisamment reconnu par ma hiérarchie
MAINTENANT, j'ai souvent l'impression que c'est mon métier qui n'est reconnu ni par mon employeur ni par la société... 


AVANT, je grognonnais sur la qualité des repas au RIE (restaurant inte-entreprises)
MAINTENANT, je grognonne sur la qualité des repas de la cantine - mais je suis devenue accro à la pause déjeuner en salle des maîtres donc ça fait tout passer, même les épinards à la béchamel


AVANT, il m'arrivait de ramener du travail à la maison le soir
MAINTENANT, il m'arrive de ne pas ramener de travail à la maison le soir (mais c'est crès rare)


AVANT, j'utilisais au quotidien un ordinateur portable professionnel, fourni par mon employeur comme tous mes outils professionnels
MAINTENANT, j'utilise au quotidien un ordinateur portable professionnel, acheté avec mes sousous (ainsi qu'un vidéo projecteur, et puis aussi des fournitures de papeterie, et puis aussi des bouquins et puis aussi...)


AVANT, l'enjeu majeur des négos entre collègues c'était de savoir qui allait pouvoir poser la 2ème quinzaine de juillet en congés payés et qui allait devoir assurer la permanence de l'équipe
MAINTENANT, l'enjeu des négos entre collègues c'est de savoir comment se répartir les créneaux du mercredi matin dans la BCD. Mais par contre pas possible besoin de négocier les dates de congés...


AVANT, je trouvais que l'open-space offrait des conditions de travail trop bruyantes pour travailler correctement
MAINTENANT, je suis en maternelle et... je prends mon pied quand je réussis à avoir un calme comparable au "bruit" de l'open-space


AVANT, il m'arrivait de piquer des trombones au boulot pour la maison quand j'avais la flemme d'aller en acheter
MAINTENANT, je pique les trombones (et les élastiques, et les agrafes et les stylos et...) à la maison et je les emmène dans ma classe


AVANT, si je voulais/devais envoyer un mail à qui que ce soit dans mon entreprise : je le faisais
MAINTENANT, si je veux/dois envoyer un mail à ma hiérarchie je dois l'envoyer sous couvert de ma directrice parce qu'on m'a appris que c'était les codes en vigueur dans l'Education Nationale et qu'après tout je ne suis qu'un petit pion "qu'une" PES


AVANT, j'allais au boulot avec un sac à main
MAINTENANT, je vais au boulot avec un sac-cabas Leclerc rempli de pots en verre, de bouchons en plastique, d'activités de toutes sortes, plus un autre cabas rempli de cahiers, livres et documents de travail (et dans un sac à dos mon ordinateur).


AVANT, quand j'avais besoin d'un break, j'allais en douce sur Facebook au boulot
MAINTENANT, c'est quand j'ai besoin d'une idée ou d'une info pour le boulot que je vais sur Facebook (pendant mon "temps libre")


AVANT, mon investissement professionnel était récompensé par des mails de félicitations/remerciements de mes interlocuteurs et des missions et responsabilités nouvelles
MAINTENANT, mon investissement professionnel est récompensé par des câlins de mes élèves , leur plaisir manifeste d'être en classe et leurs progrès évidents depuis le mois de septembre


AVANT, j'aimais mon métier
MAINTENANT, j'ai parfois l'impression d'être devenue mon métier, d'être instit 24/24 et 7/7, comme si c'était, plus qu'un métier, une composante fondamentale de ma personnalité


Bref, tout ça pour dire que c'est désormais une question d'heures avant que je ne sois plus "que" professeur des écoles, ce métier que j'ai choisi pour le meilleur et pour le pire, ce métier que je m'éclate chaque jour à apprendre, dans lequel je prends de plus en plus de plaisir au quotidien.

Et cette perspective me grise un petit peu d'émotion parce que c'est le dernier stade de cette mue professionnelle que j'ai décidé d'engager il y a bientôt 3 ans, l'officialisation définitive de ce choix et parce que choisir c'est se priver aussi un peu évidemment.

Mais pas de regrets : l'avenir est devant, dans cette nouvelle carrière, 
Force et Honneur putain de bordel de merde !


#BlablaProf
Ça c'est moi quand je suis heureuse d'écrire : "je suis instit
- parce que c'est désormais ce que je suis, jusqu'au bout de mes cernes -



22 commentaires:

Wilka_chu a dit…

Je continue à penser qu'on est tous un peu maso de se reconvertir en professeur. Tellement de vérité là dedans !

Iza a dit…

J'adore !! Je me retrouve complètement ! Reconversion aussi pour moi, j'étais PES l'année dernière et maintenant T1. Je me sens moins seule tout d'un coup ;-) merci pour ce blog !

Dela Krine a dit…

Pe depuis 18 ans je nous reconnais tellement dans ce que tu dis. Bravo à toi pour cette reconversion et à tous ceux et celles qui font comme toi, cela amène un autre regard sur notre métier et du "sang neuf" dans cette profession parfois un peu trop refermée sur elle. Bienvenue et garde cette passion pour notre plus beau métier du monde et à la partager grâce à ce blog!

Fofie Flood a dit…

Merci à toutes les trois pour vos commentaires :-)

Wilka : pas faux, cela étant - et malgré tout ce que je peux écrire sur ce blog -, je crois que j'aurais été encore plus maso de renoncer à exercer ce métier tellement je l'aime ;-) (bref, on est pas dans la m...)

Iza : Avec plaisir, tant mieux si tu te sens moins seule, c'est la même chose pour moi!

Dela Krine : ça te pose un souci si j'imprime ton commentaire et que je le relis à chaque fois que le doute m'habite ? Merci à toi !

Anonyme a dit…

Je n'ai jamais fait un autre métier qu'instit mais me retrouve tout à fait dans ta description... et aussi mon mari qui est dans une entreprise. C'est vraiment trop ça !!!!

Fofie Flood a dit…

Haha pas surprenant : je n'ai rien inventé :-)

Sylvie decas a dit…

Bonjour,

J'adore tes articles, j'ai fait aussi une reconversion (à l'époque c'était encore l'iufm mais je vois qu'en 10 ans rien n'a vraiment changé, je me retrouve très bien dans ce que tu écris !). Je te souhaite une très bonne continuation et plein de belles rencontres.

Fofie Flood a dit…

Merci Sylvie :-) Pour les belles rencontres, je ne suis pas à plaindre en effet !

Anonyme a dit…

Sympa comme article... Je suis curieux de voir ce que tu pourras écrire sur le métier dans 20 ou 30 ans...
(j'ai 32 ans de boîte) lol... Bravo pour ton enthousiasme!

Mel a dit…

Merci pour votre article! J'ai fait le chemin inverse ;-)
Je partage sur ma page: https://www.facebook.com/melcap68/posts/1476896769011625
Plein de bonnes choses!

Fofie Flood a dit…

@Anonyme : merci pour ton message :) RDV dans 20 ou 30 ans alors... (ou même avant, hein !)

Fofie Flood a dit…

Merci @Mel pour tes mots et pour le partage ! J'ai laissé aussi un commentaire sur ta page du coup :-)

Sudji a dit…

Merci pour cet article, je suis en train de faire le grand saut, peu être pour cette année, ou pour l'année prochaine..pas évident ..
J'aurais aimé échangé avec vous par mail sur cette reconversion...
Bravo bravo!!

Fofie Flood a dit…

Bonjour SUdji, avec plaisir pour échanger par mail (plutôt pendant les vacances car semaine très speed pour moi), voici mon mail : sophiepouillemgcb@gmail.com

Anonyme a dit…

Excellent, je viens du privé aussi et PES cette année. J'aurai pu écrire ce post aussi si j'avais ton talent. C'est tellement bien vu. Bravo!

Fofie Flood a dit…

Merci :-)

oth67 a dit…

As-tu déjà testé un conseil des maîtres ou un conseil d'école ?
Rien à voir avec une réunion dans le privé !

Fofie Flood a dit…

Oui c'est vrai !!! Rien à voir : dans la gestion du temps, des échanges, des objectifs...

Nath a dit…

Ahah ! Je reconnais mon enthousiasme d'il y a ... 25 ans ! Oulah! Aujourd'hui je quitte le monde merveilleux de l'Education nationale, sans regret, pour passer à autre chose. Mais je suis ravie de constater que des personnes s'investissent avec plaisir pour prendre la relève ;)

Fofie Flood a dit…

@Nath
Alors toi, tu viens de rentrer dans le top10 des commentaires les plus sympas à lire. Je ne sais pas quels sont les neuf autres mais en tout cas je sais que je te souhaite une très bonne continuation dans ta nouvelle vie quelle qu'elle soit et quels que soient les motifs qui t'ont amené à prendre cette décision.

Elisa a dit…

...T1 cette année après une année de PES exceptionnellement ch..oups..pénible à l'ESPE ...en ayant l'âge d'être la mère de mes collègues de promo (ce qui m'a valu des "maman" de mes zélèves de TPS PS et zaussi de mes camarades ESPiens) je rajoute à ta liste :
AVANT j'avais la hantise d'attraper la grippe des collègues de bureau à la machine à café, les fourbes ...
AUJOURD HUI j'ai la trouille que mes z'élèves me refilent la gastro en même temps que leur bronchite .. passeque soyons honnêtes, avec l'une OU l'autre de ces douces pathologies tu vas quand même bosser et oeuvrer à leur maîtrise de la préhension de l'outil scripteur..seule la conjonction des 2 plaies te cloue à la maison !


Force et courage !
(enfin moi je suis sûre d'une chose : je ne serai pas là dans 30 ans ... niarf niarf)

Lorene Butel a dit…

je découvre ton blog, un peu en retard. Je suis en train de penser à me reconvertir en professeur des écoles. Tes remarques me fais sourire et me plais. cela me donne envie de le devenir de plus en plus.

Continue et courage.