Devenir prof : que du bonheur ? (période 4)


Tout comme les rituels ont leur place dans les apprentissages scolaires, j'ai ritualisé sur ce blog un point d'étape périodique : celui de répondre aux 7 mêmes questions à chaque fin de période afin de me forcer à avoir un regard métacognitif (ouais ça fait partie des gros mots qui sont devenus mon quotidien depuis que je suis prof) sur mon vécu de bébéprof.

NB : si vous voulez lire les premiers articles de cette série, vous trouverez ici ceux de la période 1, de la période 2 et de la période 3.

DEVENIR PROF : QUE DU BONHEUR ?
(période 4)

 baby sleeping GIF
Bon... Je pense qu'aucun gif au monde ne peut mieux résumer mon état du moment :
heureuse... mais fatiguée... mais tellement heureuse (mais putain de fatiguée) :-) 



  • Qu'est-ce qui me rend triste ?

Mais quelle idée de commencer par cette question, comme ça, d'entrée de jeu...
Je suis triste de constater le mépris souverain de l'Etat pour la réalité scolaire. Cette déconsidération qui se manifeste dans les moyens (toujours plus réduits) mis à la disposition des établissements scolaires, dans le manque de personnels, dans l'absence d'une VERITABLE formation (initiale et continue), dans le désintérêt pour les enjeux éducatifs (en dehors d'affirmations bisounoursiques dans les médias)...

Mais aussi :
- quand je mesure à quel point je n'ai pas la moindre envie d'écrire quoi que ce soit de mon mémoire de M2. Alors qu'à la base c'est plutôt mon truc ce type de travail... Mais l'Espé m'en a dégoûtée...
- quand j'entends une élève de Cm2 m'expliquer très sérieusement qu'elle est contente d'aller "enfin" dans un collège privé car du coup elle aura l'occasion d'amener ses sacs (dont je ne citerai pas la marque mais dont la valeur est équivalente à une part non négligeable d'un salaire d'enseignant) sans qu'on lui fasse de remarque "parce que comme dit mon père en dehors des vraies marques c'est même pas la peine"

  • Qu'est-ce qui me met en colère ?

[j'ai le droit de faire un copier-coller de ce que j'ai écrit juste au dessus à propos de la déconsidération et de l'absence de véritable politique éducative d'état ? Non, c'est pas que je sois une glandeuse de base - enfin si mais chuuuut -, c'est juste que ça me rend tout autant triste que colère...]

Mais aussi :
- quand je dois racheter un troisième chargeur d'ordinateur portable our mon PC pro en moins de 9 mois...
- de me réveiller pour aller à l'Espé... Putain, qu'est-ce que je déteste ça !
- quand je vois le manque d'ergonomie des outils numériques utilisés par l'Education Nationale (dernièrement : l'outil SIAM pour faire les voeux pour le mouvement), le côté tellement pataud des applications mises en ligne alors que, putain de bordel de merde : on est en 2017 et on hurle sur les toits que nous sommes à l'ère de "l'Ecole Numérique", quoi !

  • Qu'est-ce qui me fait peur ?

J'ai peur du moment où je devrai quitter mes petits zapprenants. Voilà c'est pitêtre con dit comme ça et oui je saiiiiiiiiiiiiiiiis que :
- ça fait partie du boulot
- j'en aurai d'autres des élèves
- il faut que je fasse attention à mettre suffisamment de distance affective
- blablabla
Je m'en fous, je sais juste que ces élèves là seront pour toujours et à jamais mes tout premiers, que j'ai de la chance d'avoir une vie de classe faite de rires, d'affections et d'attachement mutuel. Et chaque jour qui passe me rapproche du moment où il faudra tourner la page de cette crès jolie histoire collective. Et putain de bordel de merde, je ne sais pas comment je vais faire pour gérer ça. Et du coup ça me fait peur.

Mais aussi :
- que mes élèves reviennent des vacances avec des poux (plusieurs alertes récentes à l'école...)
- de voir que mon emploi du temps du mois de juin est déjà sursaturé alors que nous sommes le 31 mars (entre sorties, kermesse, spectacle, réunions et conseils divers...)
- les 12 semaines de la période 5...
- de monter sur une balance et constater l'étendue des dégâts vu que cette année j'ai tendance à manger : du gras, du sucré ET du gras sucré
- quand je vois qu'il existe une Direction Générale des Ressources Humaines dans l'Education Nationale => j'ai peur pour eux qu'ils soient soit en burn-out, soit qu'ils aient été formés aux méthodes RH en vigueur dans les années 1930
- de trouver des poissons morts dans l'aquarium de la classe après les vacances

  • Qu'est-ce qui me rend heureuse ?

Je suis heureuse quand je vois mes compétences professionnelles enfin explicitement reconnues par mon tuteur après des mois à entendre des propos plus... euh... "contrastés".
C'est au delà du côté agréable de la chose (parce qu'on est d'accord, hein, entendre et lire des compliments y a plus pénible) : c'est un dénouement auquel je n'aurai pas osé rêver mais qui prouve qu'il ne faut rien lâcher et que la ténacité paie.
Et là, putain de bordel de merde, que ça fait du bien de savoir que je suis légitime comme enseignante... et que yapuka continuer à apprendre quoi :-)

Mais aussi :
- quand ma prof de maths de l'Espé est partie en congé mat et ne sera (presque) pas remplacée [même si EVIDEMMENT "Oh zut, comment vais-je développer mes compétences en didactique des maths du coup ???"]
- quand je commande un nouvel assortiment de feutres pour écrire (comme si je n'en avais pas déjà plus qu'il ne m'en faut...)
- Toutes les réactions à ce blog (pris au sens large : avec la page Facebook) et ce soutien de malade que ça représente pour moi
- quand mes CM2 continuent de venir me voir à travers la grille séparant les cours de maternelle er d'élémentaire chaque vendredi au moment de la récré, qu'ils me racontent ce qu'ils deviennent et que j'adore ça :-)
- quand mes élèves arrivent avec la banane en classe tous les matins : c'est ma drogue, je crois, leurs sourires et leur enthousiasme évident

  • Qu'est-ce que j'ai appris de nouveau ?

J'ai appris qu'il est parfaitement inutile d'espérer quoi que ce soit d'un cours à l'Espé. Oui, j'ai mis du temps, mais là je crois que c'est assez clair dans ma tête : je n'apprendrai rien à l'Espé. Vraiment rien. Rien du tout.
Enfin si : l'art de s'ennuyer toutes les semaines pendant 2 journées.

Mais aussi :
- que putain de bordel de merde c'est quand même bien pratique d'avoir une imprimante à la maison quand t'es prof et qu'avec les forfaits impression qui existent maintenant le coût et les contraintes n'ont rien à voir avec les imprimantes préhistoriques que j'ai connu dans un autre temps
- que j'aime vraiment enseigner en maternelle... et vraiment aussi enseigner en cycle 3...
- à faire mon cahier-journal et mes preps de classe en 427 fois moins de temps qu'en début d'année (et par contre à les utiliser 157 fois plus). Oui le gain est appréciable au final.

  • Qu'est-ce que je regrette ?

Je regrette d'avoir laissé le stress me ronger depuis le début de l'année, en particulier suite aux visites de mon tuteur, et d'en être venue à douter (une seule fois mais une fois de trop) que j'ai ma place comme enseignante.
Je regrette de ne pas m'être davantage protégée contre certaines critiques en particulier qui m'ont atteinte personnellement.
Je regrette d'avoir laissé ce qui n'était au final "que" des problèmes de boulot empiéter autant sur mon humeur et, partant de là, sur ma vie de famille.

Mais aussi :
- d'avoir dit "Sérieusement à l'Espé les profs ont été formés à l'école des bisounours ou ils ont juste vu de la lumière et sont entrés ?" à voix (très) haute à 2 pas de ma prof de français (et directrice de M2) qui est déjà complètement fan (ou pas) de moi.
- tous les mails de proches donnant des nouvelles auxquels je ne réponds jamais parce qu'il y a toujours plus urgent à faire, que je me promets de le faire le lendemain et que le lendemain il y a encore et toujours "plus urgent" et qu'au final je néglige les personnes que j'aime

  • Qu'est-ce que j'attends avec impatience ?

J'attends avec impatience de partir en classe-découverte avec mes p'tits zapprenants, de les voir dans un autre cadre (loiiiiiiiiiiiiin des parents #coucoulesparents) et du quotidien. J'ai tellement mais tellement mais teeeeeeeeeeeeellement hâte de vivre cette grande aventure avec eux.
Je pense que le jour du départ, quand ils seront tous assis et bien accrochés, les bagages et malles chargés dans la soute et que le car démarrera mon taux d'endorphine sera proche du jour où l'Espagne a gagné la Coupe du monde de foot. Voire au delà, ce qui n'est pas peu dire.

Mais aussi :
- mon avis de titularisation
- les résultats du mouvement (en croisant les doigts pour avoir un poste de titulaire...)
- les grandes vacances
- le moment où je serai débarassée des travaux à rendre à l'Espé
- d'avoir un peu plus de temps pour écrire tous les articles que j'ai en tête pour ce blog


#BlablaProf

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Quand des fois c'est juste un peu le bordel dans ta tête...

5 commentaires:

dukiduk a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
dukiduk a dit…

je me retrouve tellement dans ce que tu dis/vis! cette année c'est juste de la folie (dans tous les sens du terme: en bien et en...moins bien!)! mais bon c'est les VACAN...ah non y'a la (pas du tout longue) P5 à préparer (mais ce n'est pas le pire) y'a le mémoire à avancer, et aussi les dossiers pour les exams à la fac... CES!!on n'est pas encore sorti de la berge!

Véro a dit…

moi aussi je le retrouve complètement dans ce que tu écris....même si j'ai fini les cours à l'ISFEC :) mais j'ai encore des travaux à rendre :( à la fin des vacances...que j'aimerais profiter de ma famille pendant ces vacances (mais y'à le mémoire, l'écrit réflexif sur comment ma pédagogie a changé depuis le début de l'année..) et préparer cette longue P5 en se demandant comment finir le programme avec tous ces lundis qui sautent.... ben j'y arriverais pas en grammaire.... Une reconversion pour moi ) 49 ans...et très satisfaite de l'avoir faite ! :)

Fanny Rebuffel a dit…

Merci pour vos partages !!! Ça me motive pour le concours. 😊

Fofie Flood a dit…

Merci pour vos réactions !

@Dukiduk : on est loiiiin d'être sortis d'affaire en effet mais bon sang besoin de vacances aussi ! J'espère que tu vas faire un break quand même ? (PS : c'est quoi ce pseudo ? ;-))

@Véro : J'adoooore les histoires de reconversions heureuses !!! Reste juste - pour toi comme pour moi - à nous imposer de garder du temps pour profiter de nos familles :-)

@Fanny : Tu as intérêt à casser la baraque au CRPE !